Au début du mois d'août, le directeur de l'OFSP,
Monsieur Thomas Zeltner, a secoué la torpeur d'un été tardif en rendant public
son rapport à l'OMS sur les agissements occultes de l'industrie du tabac. Une
vraie intrigue policière pour période de vacances, avec subornation de
chercheurs, faux témoins, infiltrations payées à coup de millions... On
pourrait en rire puisque ces fins stratèges ont été démasqués et que leurs
grandes manoeuvres n'ont apparemment pas entamé la détermination de l'OMS dans
sa lutte contre les méfaits du tabac. L'affaire est cependant trop grave pour
qu'on ne se pose pas des questions sur ces méthodes et leurs répercussions possibles,
non seulement à l'OMS, mais également en Suisse.
Selon M. Zeltner, il est probable que des
interventions téléguidées par l'industrie du tabac ont eu lieu en Suisse,
notamment lors de la votation sur les «initiatives jumelles» interdisant la
publicité pour le tabac ou l'alcool. II cite également l'exemple d'une
recherche non publiée sur le lien entre publicité et consommation suite à
l'intervention d'un professeur allemand, dont il s'est avéré ensuite qu'il
était payé par les fabricants ; et d'un protocole révélant des pressions
exercées sur une collaboratrice de l'OFSP. Dans une interview publiée par Le
Temps du 3 août 2000, M. Zeltner estime que « l'intense lobbying de l'industrie
du tabac n'est sans doute pas étranger au fait que l'opinion publique suisse
n'est pas prête à apprécier dans sa vraie dimension les dommages causés par le
tabac .
Sur le plan international, une des révélations les
plus inquiétantes concerne un fongicide, le EBDC (éthylène bisdithiocarbamate),
indispensable à la culture du tabac, dont la Environmental protection agency
(EPA) américaine aurait signalé les effets puissamment cancérigènes de l'un de
ses dérivés. Or un expert engagé par l'OMS, mais à la solde de l'industrie du
tabac, aurait réussi à faire homologuer ce produit en discréditant l'agence
américaine. Toujours selon la presse (Le Courrier, 4 août 2000), « désormais,
toute tentative d'un pays quelconque d'interdire les EBDC peut être contestée
devant les organes compétents de l'OMC et le pays puni jusqu'à ce que l'interdiction
soit levée et des dommages versés au fabricant ». Etant donné que ce produit
est utilisé largement en agriculture et qu'il est présenté, en tout cas sur
internet, comme un fongicide utile et apparemment sans danger, on peut se
demander si on nage en plein délire ou si le complot des cigarettiers
s'apparente à un très mauvais feuilleton !
Démasquée, l'industrie du tabac affirme se repentir
et proclame ses meilleures intentions. Philip Morris suisse, dont le siège est
à Lausanne, entend collaborer avec l'OMS afin de parvenir à une meilleure
prévention du tabagisme. Cette firme participera, en octobre prochain, aux deux
jours d'auditions publiques que l'OMS organise en vue de la signature d'une
convention pour la lutte anti‑tabac dans le monde. D'ores et déjà elle se
dit prête à se soumettre à toutes les exigences, même à inscrire en grosses
lettres sur ses paquets de cigarettes que le tabac tue. On se demande ce que
peut bien cacher cette apparente capitulation.
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Suite aux échos donnés dans la presse au rapport
présenté par M. Thomas Zeltner, Chef de l'OFSP, à l'OMS au sujet des
agissements de l'industrie du tabac, nous posons au Conseil fédéral les
questions suivantes.
1) Quelles vont être les répercussions, en Suisse
notamment, des révélations apportées par ce rapport sur les tentatives de
l'industrie du tabac de fausser les données de certaines recherches ou
d'influencer les décisions prises en matière de lutte contre le tabac ? Une
enquête comparable va-t-elle être menée en Suisse? Le cas échéant, des mesures
de réparations sont-elles envisageables ?
2) Une nouvelle étude va-t-elle être entreprise sur la nocivité du fongicide EBDC, et, si celle-ci se confirme, la Suisse peut-elle exiger une révision de la procédure d'homologation ?
3) Les producteurs suisses de tabac utilisent-ils ce
produit ? Est-il envisagé d'en suspendre l'utilisation jusqu'à la conclusion de
nouvelles enquêtes ?
4) Quelle va être désormais
l'attitude de la Suisse face à l'industrie du tabac ? Va-t-elle « pactiser >
avec elle, notamment en participant aux rencontres de l'OMS avec ses
représentants ? ou va-t-elle renforcer les mesures limitant sa liberté de
commerce ?