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VINCENT FRAGNIERE
«Un café non-fumeurs en ville ferait un carton. J’en suis
persuadé.» Il y a quelques jours, dans nos colonnes, François
Gessler, président de GastroValais, était catégorique. Un
établissement sans fumée peut aujourd’hui marcher dans une
agglomération valaisanne, «mais peut-être pas dans un village
de fond de vallée, même touristique». Lydie Gatti, gérante
depuis la mi-janvier du Café des Marais – le premier à
interdire la cigarette dans la cité du soleil – en est
également convaincue, «si l’établissement se trouve au
centre-ville, sur un lieu de passage et qu’il n’y en a pas
d’autres...»
Plus facile deux rues plus bas
A Sierre, son café est unique, mais n’est ni au
centre-ville ni sur un lieu de passage. «Effectivement, ce
serait plus facile deux rues plus bas...» Dans la profession
depuis vingt-cinq ans, Lydie Gatti a toutefois accepté le pari
proposé par la commune de Sierre, propriétaire des murs, dans
son cahier des charges, à savoir rendre l’ancien Café Le Zèbre
non-fumeurs. «La proximité de la bibliothèque et de la
ludothèque joue un rôle évident dans ce choix. Il faut arrêter
l’hypocrisie. On ne peut pas affirmer que la cigarette tue et
l’autoriser à deux pas d’un lieu très fréquenté par les
enfants et les jeunes», argumente-t-on du côté de
l’administration. |
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«Victime» très heureuse
Elle-même fumeuse, Lydie Gatti est donc la première
«victime» de son établissement. «Ça ne me pose aucun problème.
Déjà, je fume moins et, ensuite, je sors lorsque je veux
allumer une cigarette.»
En quelques semaines, elle a déjà connu tous les scénarios.
Le fumeur qui fait demi-tour à la vue du panneau. Celui qui,
au contraire, revient pour «profiter de l’air». «J’ai même une
petite clientèle non fumeuse qui commence à revenir...»
Lydie Gatti sait pertinemment que son pari est loin d’être
gagné. «Déjà parce qu’en Valais, cette démarche aurait été
financièrement suicidaire il y a à peine cinq ans.» Toutefois,
en aucun cas cette Sierroise d’adoption n’aurait voulu
attendre une interdiction générale avant de se lancer. «Oui,
je suis favorable à cette interdiction pour qu’il y ait une
égalité de traitement sur l’ensemble du canton. Mais je sais
aussi qu’un café non-fumeurs peut fonctionner sans cela.»
Pour l’instant, Lydie Gatti y consacre quatorze heures par
jour. «Ça ne me dérange pas, si ça peut permettre à un bistrot
non-fumeurs de faire un tabac!» |
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