Etude sur
les habitudes alimentaires des femmes non-fumeuses qui vivent avec des fumeurs
ou des non-fumeurs
Article publié
dans le European Journal of Public Health (EJPH)
Vol. 9 1999
No 2
« Rylander et al. rendent compte des habitudes
alimentaires des femmes non-fumeuses suédoises et suisses vivant avec des
fumeurs. Au contraire d’autres investigateurs, ils n’ont en fait pas trouvé
d’indications convaincantes d’une tendance cohérente de consommation réduite de
fruits frais et de légumes, mais ils présentent quand même platement la
conclusion que ‘le risque de maladie…pourrait théoriquement être influencé en adaptant un style de vie malsain.’
Ils répètent la notion généralement acceptée que l’alimentation peut être un
facteur confondant dans les études relatives aux effets sur la santé de la fumée passive. Cependant on est obligé de remettre en question la valeur de cette
étude et la justification de sa publication lorsqu’ils ignorent des études
beaucoup plus complètes et beaucoup plus érudites sur ce sujet. »
« Nous avons pris conscience de l’importance des
liens du Dr Rylander avec l’industrie du tabac, qui, comme Hedley l’a déjà noté,
apparaissent maintenant aller bien au-delà du petit nombre de subventions qu’il
mentionne dans sa lettre. […] Il est essentiel que la [question du financement]
soit résolue car, même si la recherche du Dr Rylander est de la plus haute
qualité, elle risque d’être teintée s’il persiste un conflit d’intérêt non
déclaré. »
« Il est devenu clair que nous avons abouti à une
impasse. Nous avons proposé à ce stade de saisir l’ombudsman de l’affaire mais
le Professeur Rylander a refusé l’offre. Nous désirons clore cette affaire, et,
tout en notant notre incapacité d’obtenir une réponse satisfaisante à nos
questions, nous avons décidé de publier la réponse du Professeur Rylander. Nous
soulignons que la publication de cette lettre n’implique pas que nous souscrivons
à son contenu. »
« Le numéro de septembre 2000 du European Journal
of Public Health (EJPH) contenait un éditorial et une lettre concernant les
allégations de conflit d’intérêt dans une étude sur la fumée passive publiée
précédemment par le Professeur Rylander et subventionnée par le Centre for
Indoor Air Research (CIAR), une organisation financée par l’industrie du tabac.
La recevabilité de l’article du Professeur Rylander est maintenant remise en
question. »
Correspondance
Martin McKee – Rylander
(au sujet de
l’article traité ci-dessus)
8 juin 2000 – Fax de Martin McKee à Ragnar Rylander
« Je n’ai pas eu le temps d’examiner les plus de
16'000 documents de Philip Morris dans lesquels votre nom apparaît parmi ceux
qui ont été rendus publics à la suite du jugement dans le procès du Minnesota.
[…] Pourquoi de larges sommes d’argent ont-elles été payées sur un compte à la
Chemical Bank à New York ? »
20 juin 2000 – Réponse de Rylander à McKee
« Le travail avec les chercheurs de Philip Morris
a été très plaisant et jamais, au grand jamais, il n’y a eu la moindre pression
ou désir d’orienter les données de notre travail dans une direction
particulière.
[…]
Le financement dont vous faites référence était le
coût pour l’unité de Genève, lié à des projets de recherche spécifiques, et,
dans certains cas, à des conférences internationales. Pour des raisons de
simplicité, les fonds étaient versés sur un compte bancaire à New York et
transférés à l’Université de Genève.
[…]
Et finalement quelques commentaires sur ma
collaboration avec l’industrie. J’ai agi en tant que conseiller scientifique
(un terme plus adéquat que consultant) non seulement auprès de Philip Morris,
mais aussi de l’Organisation Mondiale de la Santé, la Commission Sociale et
Santé en Suède, le Département de santé du travail à Beijing, en Chine, etc. »
Note : Le curriculum vitae de Rylander transmis
à McKee mentionne effectivement toutes les
activités de conseiller indiquées ci-dessus, sauf une : celle
concernant Philip Morris.
28 novembre 2000 – Lettre de McKee à Rylander
« Votre commentaire selon lequel
« l’industrie du tabac a fait un intense lobbying contre le concept que la fumée provoque des
maladies » est une affirmation en dessous de la vérité. Nous savons
maintenant, par les documents de l’industrie, qu’elle s’est engagée dans un programme
de plusieurs millions de dollars, dirigé par les avocats agissant pour son
compte, dans le but de saboter les politiques développées par des gouvernements
démocratiquement élus et par l’OMS, comme cela a été documenté dans d’immenses
détails, et dans le but de gérer un vaste programme de recherche dont le seul
objectif a été de discréditer toute recherche liant la fumée de tabac
environnementale aux maladies, de manipuler les médias afin de diminuer l’effet
de tout message contraire [à ses thèses].
[…]
Ce qui m’intrigue, cependant, ce sont les nombreuses
pièces montrant des paiements fréquents de Philip Morris de montants dans les
10'000 dollars sur votre compte en banque à New York. Certains de ceux-ci sont
décrits comme étant pour des services professionnels. »
3 février 2001 – Lettre de Rylander à McKee
« Les montants ont été relativement constants au
cours des années de sorte que les chiffres pour l’année 2000 sont assez
représentatifs : 87'000 dollars pour les projets de recherche à Genève et
79'000 dollars pour les déplacement, l’indemnité journalière et le les frais de
voyage, et des petits projets par des chercheurs débutants.
[…]
Dans votre lettre vous vous référez à l’Industrie
comme la source de mon financement. En réalité mes contacts sont avec les
chercheurs de Philip Morris et personne d’autre [..] Je n’ai jamais eu de
contacts avec des représentants formels de l’Industrie, ni n’ai-je jamais
fourni des informations qui ont été utilisées par l’Industrie pour leurs
propres fins. »
Note : Le nom de Rylander, accompagnés de montants
pour ses services, apparaît à plusieurs reprises dans les « Special
accounts » tenus par les bureaux d’avocats pour des services spéciaux
rendus à l’industrie du tabac et dont le financement est répartis entre les
grandes compagnies. Pour donner deux exemples, le nom de Rylander apparaît en
1985 dans un rapport d’audit sur le Special Account #4 de l’étude Jacob,
Medinger & Finnegan en 1985 pour une somme de 5'539 dollars (PM
2015054257/4260), et en 1989 dans un rapport d’audit sur le Special Account
de Shook, Hardy & Bacon pour un montant de 5'610 dollars (BW 680712975/2978)
. La lettre accompagnant ce rapport nous informe que « ce compte fourni un
soutien pour divers projets de recherche et services de consultant approuvés
par l’industrie et couvre des dépenses relatives aux questions législatives et
aux activités générales se rapportant aux témoins. » (BW 680712971) Rylander
a aussi travaillé avec le VdC (Verband der Cigarettenindustrie), l’association
des fabricants de tabac allemands, réalisant un projet sur le cancer du poumon,
les habitudes alimentaires et la prédisposition génétique. (PM
2501188606/8608 et PM
2028344040/4042)
26 juin 2001 – Lettre de Rylander à McKee
« Il est important de déclarer que je n’ai jamais
été un consultant formel de Philip Morris – aucun contrat n’a été signé, je
n’ai jamais reçu de rétribution régulière pour des services de consultant en
tant que tel (seulement les frais de voyage et le per diem) et je n’ai jamais
participé au développement des produits ou à des discussions sur la politique
de la compagnie. »
Note : Dans sa correspondance à Philip Morris sur la
facturation de ses services, Rylander désigne lui-même ceux-ci sous le terme
« consultancy » (PM
2063591275). Rylander a signé un contrat de consultant avec Philip Morris
en 1972, contrat qui était reconduit tacitement d’année en année, et qui était
toujours en vigueur en 1997. Un document indique que Philip Morris paie chaque
année une somme de 90'000 dollars par année, en observant que « ceci est
un engagement : il reçoit cette somme quelque soit le travail que nous lui
demandons de faire pour nous. » (PM
2023223287/3290 et PM
2063590979/0980)
Epilogue – Communication personnelle de McKee par email, début 2002
Le Prof. McKee a soumis l’affaire décrite ci-dessus au Committee on
Publication Ethics (Comité d’éthique de la publication), qui regroupe les
éditeurs en chef des revues médicales les plus prestigieuses, telles que le
British Medical Journal et le Lancet. L’affaire a été présentée sans mentionner
le nom de Ragnar Rylander, l’anonymat étant requis par le comité dans ce genre
de situation. Le comité a été très critique au sujet de l’action de l’auteur
anonyme, qu’elle a qualifié d’injustifiable,
et a donné son entier soutien à McKee pour la façon dont il avait traité cette
affaire. Décision a été prise de saisir le Comité
suédois de la fraude scientifique.
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[1] Traduction non certifiée de l’anglais. Toutes les citations qui suivent
sont traduites librement de l’anglais. Seule la version originale fait foi.