Un prof lausannois sauve
l'initiative anti-fumée genevoise MARCO GREGORI, Date: Mardi, 23 mai @
00:00:00 Sujet Genève
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LIEUX PUBLICS - La
commission législative du Grand Conseil juge, à une courte
majorité, l'initiative «Fumée passive et santé» conforme à la
Constitution genevoise.
«L'interdiction de fumer
dans les lieux publics intérieurs ou fermés est, dans son
principe, compatible avec le droit supérieur.» Le professeur
de droit de l'Université de Lausanne Vincent Martenet ne voit
pas pourquoi la population ne se prononcerait pas sur
l'initiative populaire genevoise «Fumée passive et santé».
D'autant que, rappelle-t-il dans un avis de droit commandé par
la commission législative du Grand Conseil, une telle
disposition «s'inscrit dans le droit fil de recommandations
émanant de l'Organisation mondiale de la santé.» Tout au plus
préconise-t-il une légère retouche du texte.
Expertise neutre
Jusqu'à présent,
les députés étaient en possession de deux avis de droits. Le
premier, rédigé par le constitutionaliste genevois Andreas
Auer sur mandat de Japan Tobacco, plaidait pour une
invalidation de l'initiative au motif qu'elle était extrême,
faisait peu de cas de mesures d'exception, ne tenait pas
compte d'une prétendue controverse au sujet de la nocivité
avérée ou non de la fumée passive. Les initiants répliquaient
avec leur propre avis de droit en concluant à la recevabilité
pleine et entière de leur texte. Bref, pour la commission
législative, il importait d'avoir recours à une expertise
neutre. Celle-ci, bien qu'élaborée dans un laps de temps assez
court –un mois– n'en tourne pas moins le problème dans tous
les sens, tant sur des domaines juridiques pointus
–modification d'une initiative après récolte des signatures–
que sur des principes fondamentaux tels que le respect de la
dignité humaine. Le seul bémol qui en ressort tient au
fait que, telle que formulée, l'initiative n'offre pas de
marge d'interprétation au législateur. Petit rappel:
l'initiative propose une modification de la Constitution. Et
chaque article constitutionnel a en principe besoin de sa loi
d'application, laquelle interprète le principe gravé dans le
marbre. Or l'alinéa 3 du nouvel article 178B de la
Constitution proposé par l'initiative est quelque peu
restrictif lorsqu'il détaille tous les locaux ou bâtiments qui
devraient bannir la cigarette, sans prévoir d'exceptions.
«Substitut de domicile»
Mais plutôt
que de biffer purement et simplement la disposition, Vincent
Martenet propose de laisser entendre que les lieux mentionnés
sont concernés par cette interdiction dans la partie de leur
affectation strictement publique. Cela ouvre la voie à une
notion fondamentale aux yeux du professeur de droit
lausannois: les «substituts de domicile», donc à caractère
privatif. Du coup, on pourrait autoriser la fumée dans des
cellules de prison, des chambres dans des hôpitaux
psychiatriques ou des lieux de soins dépendants de l'Etat et
des chambres d'hôtels. Le tout, pour autant que ces locaux
bénéficient d'un cloisonnement étanche, d'une bonne aération
et ne mettent pas en danger la santé du personnel ni
d'éventuels visiteurs. Toutefois, la démarche consistant à
modifier même légèrement une initiative n'est pas courante.
Mais pas interdite. «Nous n'avons pas le droit d'ajouter de
nouveaux éléments, mais nous pouvons clarifier certains
points. Le but d'une commission législative est précisément de
voir par quel moyens on peut rendre une initiative populaire
conforme au droit», précise le député écologiste Damien
Sidler, président de ladite commission. Etant entendu qu'il ne
faut pas ménager ses efforts pour permettre à la population de
se prononcer en votation.
Respecter
l'esprit
Pour le surplus, Vincent Martenet relève
dans sa note de synthèse que «le Tribunal fédéral n'hésite pas
à se référer, par exemple, aux exposés figurant sur les
formulaires de récolte des signatures.» En clair, l'essentiel
est de respecter l'esprit du texte. Surtout que, insiste-t-il,
«la solution que nous préconisons ne revient pas à créer une
exception à l'interdiction [de fumer dans les lieux publics],
mais à resserrer, de manière admissible et dans une mesure
très réduite, la notion de lieu public». Convaincus, les
deux commissaires socialistes ainsi que leurs collègues
radical, démocrate-chrétien et vert recommandent au Grand
Conseil de valider l'initiative. A l'inverse, les deux
libéraux, le représentant de l'UDC et celui du Mouvement
citoyens genevois restent fidèles à l'interprétation d'Andreas
Auer. Autant dire que le vote en plénière, prévu fin juin,
s'annonce très serré. Si la recevabilité devait l'emporter,
l'initiative repartirait alors en commission de la santé pour
un examen sur le fond. En attendant le contre-projet annoncé
du Conseil d'Etat et «actuellement en relecture auprès des
juristes de l'Etat», indique le président du Conseil d'Etat
Pierre-François Unger. Idée phare de la proposition: indiquer
clairement dans le texte constitutionnel, plutôt que de se
limiter à les suggérer, que des exceptions à l'interdiction de
la fumée dans les lieux publics doivent être prévues. I
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