Un génocide
Sur les méthodes meurtrières de l’industrie du tabac, les
révélations explosives se succèdent. Grâce à la justice
américaine, 39 millions de pages ont été arrachées au secret.
Professeur français de santé publique, Gérard Dubois en livre
une synthèse hallucinante dans «Le rideau de fumée».
Pendant des décennies, les cigarettiers ont contesté les
dangers du tabagisme, actif et passif, tout en détenant les
preuves du contraire; nié la dépendance provoquée par la
nicotine tout en manipulant le tabac pour l’amplifier;
augmenté la dangerosité des cigarettes en y ajoutant des
ingrédients cancérigènes, dissimulé leur composition exacte;
truqué leurs teneurs en nicotine et goudrons; élaboré et vendu
des appellations trompeuses et des filtres toxiques; corrompu
chercheurs, acteurs, cinéastes, politiciens et médias pour
promouvoir leurs intérêts. Et j’en passe. Pour sa défense,
l’industrie invoque le libre choix du fumeur. Mais le libre
choix d’un produit implique de pouvoir connaître les
conséquences de son usage. Une mission rendue impossible par
la dissimulation de l’information et la propagation de fausses
allégations. Et le libre choix d’un produit suppose de pouvoir
en cesser la consommation lorsqu’on le désire. Or, 70% des
fumeurs aimeraient arrêter, mais n’y arrivent pas. Aussi,
ce ne sont pas les fumeurs qu’il faut combattre. Pris dans les
mailles d’un crime organisé, ils sont victimes de la politique
mensongère et des procédés illicites d’un lobby qui réalise
d’énormes bénéfices avec un produit qui tue la moitié de ses
consommateurs. Ce n’est pas non plus à la collectivité de
payer, mais aux seuls fabricants, coupables du plus grand
crime contre l’humanité de l’histoire. 5 millions de morts par
an, 100 millions de morts au 20e siècle et un milliard de
morts au 21e si rien n’est fait. Depuis peu enfin, les
procès pour complot se multiplient. Aux USA, les condamnations
font pleuvoir des centaines de milliards de dollars. Et ce
n’est que le début. En Suisse, terre d’asile du numéro un
mondial de la branche, les liens entre industrie et autorités
sont encore étroits, emplois et revenus obligent. Alors la loi
est plus souple. Mais ici aussi, les pouvoirs publics se
réveillent et l’arsenal anti-tabac s’étoffe. Le temps de
l’impunité a cessé.
Serge Noyer haut
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