Réduction des
risques liés aux drogues: création d'une nouvelle association
Depuis sa création en 1987 et avec le soutien de l'Etat de Genève, le
Groupe sida Genève a adapté son action et ses prestations pour faire face
à l'évolution des problèmes générés par le VIH/sida, tant au niveau
individuel que social. Soutien aux personnes vivant avec le VIH/sida et
prévention ont été les deux axes principaux de son action. Les
transformations qui s'annoncent aujourd'hui, avec la séparation des
activités de réduction des risques liés aux drogues et la création d'une
nouvelle association, sont une nouvelle démonstration de cette faculté
d'adaptation.
Dans l'évolution des enjeux de santé publique, le lien entre sida et
drogues a été fondamental. Pour mémoire, parallèlement à la population
homosexuelle, les usagers de drogues par voie intraveineuse ont été la
population la plus touchée par le sida. Afin de lutter efficacement contre
le développement du virus VIH, le gouvernement genevois et le Grand
Conseil ont adapté leur politique en matière de drogues. En complément de
mesures axées sur la prévention, la thérapie et la répression, les
autorités ont développé, dès 1991 à l'occasion du démarrage du bus
itinérant "Prévention sida" mis sur pied par le Groupe sida Genève, une
approche dite de réduction des risques et d'aide à la survie.
Promouvoir la réduction des risques ne veut pas dire promouvoir
les drogues, mais bien adopter une attitude préventive, visant à soutenir
des personnes aux prises avec des produits, des dépendances.
Il s'agit d'une approche éminemment pragmatique, qui tient compte de la
réalité des personnes pour les aider à traverser cette période de
consommation de drogues de la manière la moins dommageable possible pour
eux comme pour la société.
Ces actions de réduction des risques, menées en synergie entre le
Groupe sida Genève et les autres partenaires du réseau, ont montré leur
efficacité. Sur le plan épidémiologique, c'est parmi les usagers de
drogues que le taux de nouvelles infections au VIH a connu les diminutions
les plus marquées. Sur le plan des traitements, cette politique axée sur
la recherche de proximité avec les personnes concernées a également
favorisé l'accès au réseau de soins, tant au niveau des problèmes
somatiques qu'au niveau du traitement des dépendances. Sur un plan plus
large enfin, ces actions ont permis à la communauté de reconsidérer ses
représentations sur les usages et sur les consommateurs de drogues.
Rappelons à ce propos que la politique en matière de drogues
ainsi que les actions développées en Suisse, et à Genève en particulier,
sont souvent perçues comme des modèles à suivre par des personnes venant
d'autres pays et s'inspirant par la suite du travail mené chez nous.
L'audace politique, la gestion publique des problèmes liés aux drogues, la
cohérence des interventions entre les différents partenaires impliqués
dans la problématique sont autant d'éléments suscitant l'intérêt par-delà
nos frontières.
Toutefois, si les usagers de drogues se sont comportés en acteurs de
prévention concernés et responsables, rien n'est jamais acquis
définitivement en matière de prévention. En effet, les marchés
internationaux de la drogue restent florissants, la répression montre
quotidiennement ses limites, la précarité sociale et économique se
renforce, la demande concerne aussi de nouvelles populations, de nouveaux
produits et de nouvelles formes de consommation de drogues voient
régulièrement le jour. Il est donc nécessaire de poursuivre le travail et
de continuer à développer de nouvelles actions.
A ce propos, le Conseil d'Etat soutient le principe du renforcement des
prestations du Quai 9, espace d'accueil et d'injection, dont les
évaluations successives ont démontré la pertinence des actions qui y sont
menées. Toutefois, dans cette période de restrictions budgétaires, des
solutions financières doivent encore être trouvées.
Si la pertinence d'avoir associé les activités de réduction de risques
et le VIH/sida n'est plus à démontrer, l'évolution des problématiques
rencontrées plaide aujourd'hui en faveur d'une séparation des activités
relatives au sida de celles concernant la réduction des risques liés aux
drogues. Cette séparation permettra de favoriser une visibilité des
nouvelles problématiques rencontrées et une claire identité de la
réduction des risques dans la politique en matière de drogue et dans un
cadre plus large que la seule problématique du sida.
Bien
que la prévention du virus VIH auprès des usagers de drogues reste
fondamentale, la création de l'association "Première ligne" donne
aujourd'hui l'opportunité d'élargir le travail de prévention qui,
jusqu'ici, a été essentiellement mené au niveau des méfaits liés à la
consommation par voie intraveineuse. Ainsi, cette association devrait
pouvoir prendre des initiatives et favoriser une approche de réduction des
risques sur le plan des consommations dites festives et récréatives, de
l'essor des drogues de synthèse et autres poly-consommations, qui ne sont
pas sans inquiéter aujourd'hui les différents partenaires engagés dans la
prévention, en particulier auprès des jeunes.
Pour poursuivre un travail de prévention efficace, il est nécessaire de
travailler ensemble, de chercher à augmenter les synergies et la
collaboration entre institutions, en dépassant les frontières drogues
légales et illégales. Il est en effet nécessaire de s'interroger sur la
situation sociale actuelle qui favorise l'émergence de consommations
massives, par exemple d'alcool, parmi les jeunes.
Je ne voudrais pas terminer ce discours sans adresser mes remerciements
aux équipes de travail qui mènent ces tâches peu banales, en première
ligne. Elles font preuve de beaucoup de persévérance pour soutenir des
personnes dans des situations délicates et parfois très précaires, mais
aussi face au milieu social qui ne comprend pas toujours bien le sens des
actions menées dans le domaine des drogues. Elles restent encore
difficiles à accepter puisque elles confrontent chaque citoyen à son
impuissance face à un phénomène tellement complexe.
J'adresse donc mes meilleurs vœux à cette nouvelle association qui
bénéficie de bases déjà très solides. Je souhaite également renouveler
l'appui des autorités au Groupe sida Genève, partenaire indispensable dans
la lutte contre le VIH/sida, qui a courageusement fait le choix de
redimensionner ses activités, lui permettant de redynamiser ses activités
liées à ses mission premières, soit la prévention du sida et la prise en
charge des personnes vivant avec le VIH/sida.
Pierre-François Unger Conseiller d'Etat
| Discours prononcé le 21 septembre 2004 par Monsieur
Pierre-François Unger, conseiller d'Etat, en charge du Département
de l'action sociale et de la santé, lors de l'assemblée constitutive
de l'association "Première ligne". |
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